Les trois acteurs de la performance

…….Tandis que le psy se sentait happé par son rêve, l’ingénieur restait fasciné par le carré. Il traça les médianes et les diagonales, puis il contempla  le point central et démontra qu’il était unique. L’auteur le félicita vivement et le nomma « Cadre »,en reconnaissance du travail qu’il avait fourni. Tandis que le Cadre précisait les limites de ses responsabilités, l’auteur scruta le triangle : il y vit une montagne à gravir. Il s’installerait au sommet, regarderait au loin et imaginerait à quoi l’avenir ressemblerait.

« Chapeau pointu Turlututu », plaisanta le psy qui aimait taquiner l’autorité.

Afin de franchir les obstacles, l’ingénieur construisit des ponts. Le psy fut fasciné par cette invention qui permettait à des étrangers de se rencontrer. Il y installerait une auberge espagnole, où chacun partagerait avec autrui ce qu’il a de meilleur.

Loin des autres, l’observateur considéra que la distance assurait une largesse de vue, voire une vision à 360°. Il distingua la route à suivre vers un monde meilleur. Il la qualifia de « Droit Chemin ». Transporté par son illumination, il décupla son pouvoir de conviction. Il exhorta tout le monde à le suivre et déclara que le Droit Chemin était la voie universelle.

Inspiré par la ligne d’horizon qui s’étirait à l’infini, l‘écrivain s’imagina régner sur un empire, de toute et pour toute éternité. Il se prit la tête entre les mains et décida de l’honorer d’une couronne de diamants où se  reflèterait le jour. Dorénavant celles et ceux qui l’approcheraient seraient éblouis par le scintillement de la lumière. Sous le poids de la couronne, la tête apprit à rester droite, immobile, impassible.

Fervent de littérature anglo-saxonne, l’auteur l’écrivain promut le cadre au titre de Manager et se fit introniser Leader pour sanctifier  l’ascendant qu’il avait sur son entourage. « Au commencement était le verbe », se glorifiait-il en pointant son index droit vers le ciel.

Devant le fossé qui se creusait entre le Leader et le Manager, le psy se demanda quelle serait sa place. Alors qu’il voulait s’entendre avec tout le monde, il se trouva pris entre  le Leader et le Manager,  chargé de faciliter leur relation. A chaque contact il recueillait les frustrations réciproques, les consternations et les ravages. Les maux de dos et les aigreurs d’estomac les faisaient souffrir.

Ecrasé par l’avalanche de malentendus, il remarqua que chacun avait d’excellentes idées, mais cultivait la certitude qu’elles seraient rejetées par l’interlocuteur.

Pour éviter les conflits, le Leader se mura dans sa tour d’ivoire, entouré de ses dévoués fidèles, tandis que le Manager se concentra sur ses objectifs à court terme et motiva ses collaborateurs à les atteindre.

Le psy se senti exclu, inutile à la performance. Le Leader détenait le pouvoir ; le Manager disposait des compétences ; que restait-il au psy ? Témoin du gâchis généré par l’absence de communication, le psy n’avait ni pouvoir ni compétence. Par manque de crédibilité, il était devenu  un frein à la performance, un obstacle à la communication et un poids pour l’entreprise. A son tour, il se désolait.

Attentif à son absence de résultat et sensible à sa détresse, le Leader convoqua le psy. « Je constate que la situation est peu reluisante : vous et vos semblables ne croulez par sous le travail. Pourtant je reste convaincu de votre compétence et de la valeur que vous pouvez apporter à l’entreprise. J’ai décidé de vous nommer « Conseiller à la Direction ». Vous occuperez un bureau indépendant et serez responsable de votre gestion. Vous me ferez vos suggestions sur le développement des Managers et vous serez mon Coach personnel en matière de communication.

Heureux d’avoir enfin trouvé sa place, le psy bondit de joie. Il aurait choisi un bureau surprenant et accueillant. D’abord il l’imagina circulaire, avec sa chaise au centre. Puis il se ravisa : l’entreprise ne doit pas tournerautour de la communication, c’est la communication qui fait avancer l’entreprise.

« Comment notre entreprise progresse-t-elle ? » se demanda-t-il. Avant de leur poser cette question, il dévisagea ses deux interlocuteurs.

Le Leader avait bien la tête sur les épaules : son regard était perçant, son jugement était tranchant et sa parole était sacrée.  Il ne cherchait pas à être aimé, il  voulait être respecté. C’est lui qui avait imposé le verbe comme point de départ. Il attendait une parabole à sa gloire.

Le psy reconnu qu’il avait raison, dix fois raison, cent fois raison, mille fois raison, cent mille fois raison. Consciencieusement, il célébra ses louanges et Il lui présenta d’autres Leaders inspirants.

Le Manager aimait travailler. Les pieds sur terre, il progressait systématiquement ; les mains dans le cambouis, il produisait les résultats attendus. Sa boite à outils représentait son trésor. Il en prenait le plus grand soin.

Le psy  reconnu ses compétences et se montra intéressé par ses techniques  de production. En guise de collaboration,  il organisa des séminaires regorgeant de nouveaux outils, ainsi que des congrès porteurs d’innovations captivantes.

« Moi je chéris les gens » conclut le psy en dessinant un cœur. Je veille à leur développement professionnel, à leur épanouissement personnel et à la progression de l’équipe. Ils m’ont adopté comme Coach. Par nos incessantes interactions, nous constituons un système performant »

A la demande du Leader, le psy fut chargé de modéliser ces interactions inhérentes au développement continu de la performance. Pour représenter la circulation d’énergie, le Manager lui conseilla de dessiner des flèches. « N’oublie pas que toute action provoque une rétroaction » lui chuchota-t-il en guise de gratitude.

Alors qu’il participait à un atelier artistique, le psy se détourna du modèle qui posait pour créer le modèle la performance. Les étapes de sa carrière défilaient à la pointe de son crayon. A chaque page il remettait tout en question, ce qui lui avait été enseigné, ce qu’il avait vécu, ce qu’il avait transmis. Fasciné par la cohérence des réponses qu’il découvrait, il se senti pris de vertige, comme s’il était illuminé.

Revenu de son étourdissement, il se mit patiemment au travail. Avant d’être adopté par le Leader, le modèle de développement continu de la performance avait beaucoup d’épreuve à surmonter. Un nouveau chemin à arpenter.

Pour se donner du courage, le psy fit du modèle son logo.